Ouzbékistan, le soufisme autrement
Il y a des pays qu'on visite, et d'autres qui nous visitent. L'Ouzbékistan fait partie de ceux-là.
On y arrive avec des noms en tête, Samarcande, Boukhara, Khiva, qui sonnent comme des promesses de contes. Et l'on découvre que le réel ne les trahit pas. Il les dépasse.
Un soufisme qui avance en silence
À Konya, le soufisme se danse. Les derviches tournent, les bras ouverts, et le corps devient prière. En Asie centrale, il se vit autrement. C'est ici que s'est épanoui Bahâ ud-Dîn Naqshband, près de Boukhara, dont la voie, la Naqshbandiyya, a essaimé bien au-delà de l'Orient.
Sa tradition est discrète. Le dhikr, le rappel du Nom, s'y pratique volontiers en silence, au creux du cœur, sans rien montrer. On lui attribue cette maxime que j'aime beaucoup : « le cœur auprès de l'Aimé, la main au travail ». Autrement dit, il n'y a pas à fuir le monde pour rencontrer le Sacré. On le porte en soi, au milieu de la vie ordinaire.
Pour quelqu'un qui accompagne des personnes dans leur transformation intérieure, cette sagesse a une résonance particulière. Elle dit que la profondeur n'a pas besoin de bruit.
Des monuments qui coupent le souffle
Il faut avoir levé les yeux sous les coupoles turquoise de Samarcande pour comprendre ce que la beauté peut faire à l'âme. La place du Registan et ses trois médersas couvertes de faïences, les mausolées de Shah-i-Zinda, la tombe de Tamerlan : chaque lieu semble avoir été pensé pour élever le regard.
À Boukhara, on marche dans une ville où le temps s'est posé. Ses bassins, ses coupoles de marchands, ses minarets, ses ruelles d'ocre où l'on se perd avec bonheur. À Khiva, la cité intérieure, enclose de remparts, se traverse comme un songe en terre cuite.
Ce ne sont pas des musées. Ce sont des lieux où l'on a prié, étudié, aimé, pendant des siècles. Ils portent encore cette présence.
Une rencontre rare
Ce qui reste, plus encore que les monuments, c'est l'accueil.
L'Ouzbékistan s'est ouvert au voyage depuis peu, et il reste encore à l'écart des grands flux touristiques. On y rencontre une culture qui n'a pas appris à se vendre, et qui, pour cette raison même, offre sans calcul. Un thé que l'on vous tend, un pain rompu avec vous, une invitation à s'asseoir, une curiosité sincère pour ce que vous êtes et d'où vous venez.
Dans cette hospitalité, je retrouve ce que la tradition soufie nomme l'adab, la courtoisie du cœur. On accueille l'étranger comme un hôte envoyé. Voyager ainsi, c'est accepter d'être reçu, et pas seulement de regarder.
Partir autrement
Un voyage initiatique n'est pas une accumulation de visites. C'est une façon de traverser des lieux avec présence, d'y laisser quelque chose se défaire, de revenir un peu plus large que l'on est parti.
L'Ouzbékistan offre cela : la beauté qui apaise, un soufisme de l'intériorité, une rencontre humaine d'une grande douceur. Et pour celles et ceux qui ont déjà goûté Konya, il en est comme le versant silencieux, l'autre rive de la même quête.
Ce voyage est programmé pour le début de l'automne.
Si cet appel résonne en vous, c'est peut-être qu'une partie de vous est déjà en route.



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