Rûmî et Shams : l'absence qui rapproche
À Konya, en 1244, un homme de savoir rencontre un voyageur venu de Tabriz. Il s'appelle Jalâl ad-Dîn Rûmî. Le voyageur s'appelle Shams. Ce que l'on raconte de cette rencontre, c'est qu'elle a déplacé quelque chose de très profond chez Rûmî, et que rien n'a plus été comme avant.
Pendant des mois, ils se retrouvent, ils parlent, ils se taisent. Puis Shams s'éloigne, et il disparaît. Les récits divergent sur les circonstances, et il est honnête de dire que l'histoire garde sa part de mystère. Ce que l'on sait, c'est que Rûmî a cherché son ami, qu'il a connu le manque, et que cette absence est devenue l'origine d'une œuvre immense.
Ce que l'absence a fait naître
Rûmî se met à écrire. Il se met à danser aussi, et la tradition qui est née autour de lui garde le tournoiement comme une prière du corps. Ses poèmes, rassemblés dans le Divan de Shams de Tabriz, portent le nom de celui qui n'est plus là. Comme si le manque avait ouvert une pièce en lui, et que la parole y était entrée.
J'aime cette idée que l'absence ne soit pas seulement une perte. Elle peut devenir un espace. Un lieu intérieur où l'autre continue de vivre, autrement, sans qu'il soit besoin de le voir pour le sentir présent.
Quand la distance devient un lieu
Je pense à celles et ceux qui aiment à distance. Un homme et une femme que séparent des kilomètres, un pays, un fuseau horaire. On croit d'abord que la distance retire. Parfois elle donne, à qui sait la regarder avec tendresse.
Elle invite à une attention plus fine. On écoute mieux ce que l'autre dit, puisque les mots sont presque tout ce qui voyage. On écrit des lettres, des messages, des phrases que l'on n'aurait peut-être jamais osées de vive voix. On garde l'autre dans un recoin du jour, une pensée au réveil, une lumière dans la soirée. La fidélité du cœur devient une manière d'être ensemble.
En psychologue, je sais combien il est précieux de pouvoir porter quelqu'un en soi sans l'avoir devant les yeux. C'est une capacité qui se cultive, et qui nourrit autant le lien que la solitude elle-même. Rûmî en offre une image poétique : celui qui est parti n'est pas effacé, il est devenu une voix intérieure.
Un fil de lumière
Il ne s'agit pas de souhaiter l'éloignement, ni de dire qu'il faut s'en réjouir. Il s'agit de reconnaître que l'amour ne dépend pas seulement de la présence physique. Il a besoin de parole, d'attention, de confiance, de gestes simples. Il a besoin aussi de ce silence où l'autre résonne en nous.
Chacun trouvera sa propre façon d'habiter cet espace. Peut-être par l'écriture, peut-être par la marche, la musique, la prière, ou le simple fait de dire à voix haute le prénom de l'autre.
Faithal Sirius Étoile et moi connaissons bien ce manque, et cet espace qu'il ouvre. Nous avons appris à y retrouver l'autre autrement, avec plus d'attention et de douceur. Ce que l'absence nous a donné, c'est une façon de rester proches qui ne dépend pas seulement de ce que l'on voit.
Et vous, qu'est-ce que l'absence d'une personne aimée a fait grandir en vous ?
Pour lire Rûmî en français, je vous invite à découvrir les traductions d'Eva de Vitray-Meyerovitch, qui l'a fait connaître avec tant de justesse.
Si ce texte résonne avec ce que vous vivez, vous pouvez m'écrire.



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